QUI EST ERNEST ?

Par la consommation d’un repas, financer celui d’un autre. A côté du traditionnel pourboire, Ernest a créé un “pourmanger” qui permet de fournir de la nourriture à ceux qui en ont besoin. Réseau de solidarité, Ernest rassemble des restaurateurs et leurs clients dans une action fraternelle. Celle-ci est toujours engagée au profit de l’aide alimentaire de proximité, dans le même quartier ou la même ville.

L'ÉQUIPE

Genèse du projet et portrait d’équipe

Portrait par Christian Jaurena ancien journaliste à Libération puis à L’Équipe

«Ernest, c’est sans doute le prénom du bébé que ces filles et ces garçons, tous nés entre 1987 et 1989, ont décidé d’élever plus tard parce que, maintenant, ils ont tant d’autres choses à accomplir. Il n’y a là aucune frustration, bien au contraire, car ces jeunes gens débordent d’envie positive. Elles et ils sont brillants, inventifs, joyeux, respectueux, travailleurs mais surtout généreux. Sont-ils meilleurs que leurs parents ou simplement portés par l’éternelle illusion de la jeunesse ? Pour eux, ces questions n’ont pas de sens et y répondre serait du temps perdu. Ils vous diront qu’ils n’ont pas le choix, qu’ils ne sont pas nés dans le même monde ; que, dans le leur, la planète se réchauffe dans des proportions aussi alarmantes que le nombre des sans-abris s’accroît dans l’hiver glacial. Ils vous diront aussi que face à la faillite des modes traditionnels du développement économique, aux stages mal rémunérés qui dévoient leur créativité pour des projets auxquels ils n’adhèrent pas, ils sont obligés de croire à l’économie sociale et solidaire. Que, par leur action, ils expriment leur refus de la résignation face à l’accroissement des inégalités et, donc, de la pauvreté. Et nous, on se dit qu’avec des parents comme ça, Ernest est bien né.

Commençons les présentations avec Eva Jaurena, la présidente et cofondatrice de l’association. Pourquoi Ernest ? Sa première idée, avec deux amies, était de monter un café solidaire, en prélevant 10 centimes sur chaque addition et, avec la cagnotte ainsi récoltée, offrir des repas aux sans-abris. Très vite le projet d’un label pour restaurants solidaires s’est imposé. Avec Laura Boullic, elles sont deux à déposer, en juillet 2013, les statuts de l’association «Circuit court de solidarité». Pendant l’été Feriel Tahi, spécialiste de marketing, vient étoffer l’équipe que Marco Juan Lavandier et Steven Uch, les premiers graphistes, rejoignent en octobre. Avec ces derniers, l’association prend un visage. Ils veulent tourner autour d’un prénom pour figurer un regard et un sourire sur le logo. Ce sera Ernest, choix autant graphique que littéraire, en référence à Hemingway.

Il manque encore des compétences essentielles. Passionnée de gastronomie et connaissant bien les restaurants de l’est parisien, Laura Dalsheimer vient avec ses fichiers de cuisine. Sylvie Laurent-Bégin apporte, elle, sa connaissance des élus de la capitale, notamment ceux qui sont spécialisés dans l’économie solidaire. Enfin arrive, pour compléter ce noyau dur, Isabelle Mallézé, avocate atypique qui se définit comme «créatrice de solutions et tisseuse de liens». Ainsi appareillé, Ernest peut lever les voiles et entreprendre sa croisière de démarches envers les restaurateurs, les associations œuvrant dans l’aide alimentaire et les responsables publics et privés. Les tâches s’accumulant et le temps s’accélérant, d’autres talents bénévoles s’engagent dans l’équipe : Mathilde Lemagne et Vincent Giardana, deux autres graphistes, comme Marco et Steven, de l’Ecole Supérieure d’Art et de Design d’Amiens, pour renforcer les outils et les actions de communication ; Sophie Boudy et Laure Mouillaud, étudiantes en Master de Management de Projets Internationaux à la Sorbonne Nouvelle, pour renforcer les capacités organisationnelles. A douze, le compte est bon, mais Ernest peut aussi s’appuyer sur la disponibilté sans faille de ses sympathisants très actifs que sont Paul Bégin (pour les vidéos et le rangement), Marie Gérin-Jean (pour ses expertises économiques et cyclistes), Inès Jaurena (pour les voyages en Twingo et son soutien inconditionnel) et, enfin, Diane Goron (pour faire ce qu’il y a à faire, toujours avec douceur et humour).

Voilà. Il suffit d’avoir partagé avec ce groupe les derniers jours précédant le lancement de leur première campagne pour retrouver non seulement de la confiance en soi mais surtout envers l’autre. Au-delà de leur engagement pour les fondements de l’action d’Ernest, ce qui galvanise à les voir en action, à les entendre se moquer d’eux-mêmes, à les écouter se motiver, à les regarder se surpasser, c’est tout autant la quantité que la qualité de leur puissance de travail. Ils incarnent le rêve de tout entraîneur d’une équipe de sport collectif, où chaque joueur donne le meilleur non pas pour lui mais pour contribuer à rendre le collectif plus performant. Ces filles et ces garçons sont épatants dans le sens où le partage est l’essence de leurs actes. Ils ne l’ont pas choisi, ils l’ont compris. Leur monde devra être solidaire et fraternel par nécessité. Ils ont conscience de l’ampleur des problèmes mais, au lieu de les décourager, elle les rend pragmatiques. Considérant que l’alimentation est à la base de tout, ils ont décidé de commencer par là.
Personnellement, ils m’ont fait un beau cadeau en me demandant de leur consacrer un peu de mon temps. Ils m’ont fait faire de belles rencontres avec les restaurateurs qui ont adhéré à Ernest. Mais c’est surtout dans l’appartement d’Eva, leur présidente et ma fille, transformé en ruche pour que le maximum soit accompli avec le minimum de retard, que j’ai été contaminé par leur enthousiasme. C’est pour ça que je n’ai plus qu’un mot à leur dire : merci.» C.J