Portrait

Le nom de l’établissement, l’intitulé de la carte (« des vins d’auteurs, une cuisine à la hauteur ») vous avertissent qu’ici, on goûte les jeux de mets.

Le nom de l’établissement, l’intitulé de la carte (« des vins d’auteurs, une cuisine à la hauteur ») vous avertissent qu’ici, on goûte les jeux de mets. Avant, on y a joué tout court puisque ce lieu abrita pendant longtemps « La rue des Enfants », célèbre magasin de jouets chez les plus de vingt ans bordelais. Mais n’y venez pas avec une envie de madeleine proustienne car vous n’y retrouverez rien de vos tendres années.

Six mois de travaux ont tout changé. Cela donne un local chic, épuré, où la pierre blanche bordelaise se laisse porter par la poutre d’acier. Au sol, le chêne a connu une première vie de plancher de wagons SNCF, dans les années 1950. Il a été chiné en Champagne, comme quelques fines bulles qui ornent les présentoirs. La cave, première pièce par laquelle on entre dans l’établissement, donne autant à voir qu’à boire. C’est le domaine de Gaël. Celui de Tanguy, l’autre associé fondateur, c’est la cuisine, ouverte sur la seconde salle qui accueille une vingtaine de couverts, pas plus, sauf quand le temps permet d’ouvrir la terrasse où poussent les herbes aromatiques. 

Garopapilles se veut de bon goût, bien né, en 2014, dans l’idée d’associer deux passions. Mi cave, mi restaurant mais sans faire les choses à moitié. L’adresse a de l’ambition et veut combler un manque décelé par ces deux garçons ayant décidé de s’établir à Bordeaux. En plein 33000, on ne trouve pas plus d’un quart de vins locaux sur les cinq cents références proposées. Les autres viennent d’ailleurs et sont le fruit de recherches et de sélections opérées par Gaël, dont le nez a, dit-on, une mémoire éléphantesque.

Les deux hommes ont vite jugé leur complémentarité et, après s’être associés dans une plateforme numérique de vente de vins, ils ont lancé leur projet unique qui, trois ans après son ouverture, s’est déjà fait une place de choix dans la gastronomie bordelaise. On y mange le midi (du mardi au vendredi) et deux soirs (jeudi et vendredi) des menus uniques (pas de carte) concoctés par Tanguy au gré du marché et de son inspiration. Gaël s’adapte en proposant un accord de saveurs solides et liquides. Le résultat est inspiré, créatif, surprenant mais toujours maîtrisé par la technique de Tanguy qui s’active à la vue de ses clients. En retour, le chef observe leur réaction quand ils dégustent son travail. Parce que, explique-t-il, « ce qui compte le plus pour moi dans le plaisir de la cuisine, c’est de la partager avec les gens que l’on aime »