Portrait

Papa est gourmand et Maman fait bien la cuisine. On n’est pas riche mais on mange bien. On rigole aussi. La blague favorite ? Celui qui, en fin de déjeuner, posera la question « qu’est-ce qu’on mange ce soir ? ».

D’abord il y a la queue, parfois longue comme un jour sans nem. Devant la façade jaune de la Rue de Charonne, on peut croiser des stars loin des étoiles mais gourmets et donc patients. Il y a, pas loin de là, une école de cinéma dont beaucoup d’anciens élèves ont assuré le succès « pipole » de leur cantine. Mais la restauration, c’est comme un film : pour que ça marche, il faut d’abord une bonne histoire. Et celle des trois frères Mido, Jean-Philippe et Hando mérite d’être dégustée.

On part d’où ? 1996 ? La brocante du XIe arrondissement où les trois frères d’origine vietnamienne décident de tenir un stand de sandwiches comme leurs parents leur ont appris à les faire. Il s’agit des fameux « Banh mi », délices des rues de Hanoï qui font un carton à la brocante. Il faut donc remonter un peu plus loin, au moins aux parents des trois frères, venus s’installer en France. Papa est gourmand et Maman fait bien la cuisine. On n’est pas riche mais on mange bien. On rigole aussi. La blague favorite ? Celui qui, en fin de déjeuner, posera la question « qu’est-ce qu’on mange ce soir ? ».

Bien, revenons au succès de la brocante qui donne l’idée et surtout la foi. Mido trouve un local à louer. L’esprit associatif est déjà à l’œuvre. On troque des repas contre des coups de marteau ou de pinceau. La success story est partie. Les flammes s’échappent des woks, les crevettes n’ont plus qu’à craquer, croquantes. Vingt ans (ou presque) plus tard, rien n’a changé. Vous connaissez beaucoup de restaurants qui gardent les mêmes en cuisine pendant aussi longtemps ? Mais ici, c’est la famille.

Attention, pas un cercle fermé. Le Paris Hanoï a eu un petit, le Little Hanoï, puis les trois frères ont lancé une académie de cuisine où ils transmettent leur savoir. Quand ils ne sont pas dans la restauration, les frères font du Vo Vietnam. Hando a même ouvert une salle, au Prés-Saint-Gervais, dont toutes les cotisations des membres sont reversées à une association vietnamienne qui sort les enfants des rues. On n’a donc pas eu trop de mal à expliquer le principe d’Ernest ni à les convaincre d’intégrer l’équipe. Solidaires à Paris, comme à Hanoï.